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Sujet: Marc Ravalomanana : "C’est affligeant !"

Marc Ravalomanana : "C’est affligeant !"
5 octobre 2009 par
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Accusé de tous les maux et diabolisé dans tous les sens, Marc Ravalomanana, ancien président de la République était encore présenté comme le " traître " et celui qui a tout fait pour que la communauté internationale ne veut pas que Andry Rajoelina prenne la parole aux Nations unies. A la veille de la grande réunion du 6 octobre à Antananarivo, Marc Ravalomanana se soumet à une série de questions du Courrier de Madagascar.

Courrier de Madagascar : Monsieur le président, nous avons entendu votre message à la nation et au Gic à la veille de la rencontre du 06 octobre. Cependant, voudriez-vous apporter des éclaircissements sur quelques questions supplémentaires que nous estimons essentielles ?

•Marc Ravalomanana : Volontiers, Mais d’abord permettez moi de profiter de l’occasion pour adresser mes plus vives félicitations au GIC et à l’équipe de médiateurs de son excellence le président Joaquim, pour le travail remarquable qu’ils ont accompli depuis la première rencontre d’Addis-Abeba en avril, dans la recherche d’une sortie de crise pacifique pour Madagascar et je les remercie pour leur persévérance.
Qu’attendez-vous de la réunion du 06 octobre malgré votre absence ?

•Vous savez le GIC est le mandant de l’équipe de médiateurs ; donc la réunion est tout d’abord une évaluation des travaux accomplis par les mandataires et de la mise en œuvre des accords de Maputo. Par conséquent, la présence des chefs de file de chaque mouvance n’est pas un obstacle. Cependant je me réjouis de constater que des pays comme les Etats-Unis ou la France ont jugé utiles de dépêcher des délégués de haut niveau ; cela témoigne de l’importance qu’ ils accordent à la rencontre. Et ce sera l’occasion de clarifier une bonne fois pour toutes les ambiguïtés nées de certain comportement incompréhensible pour le citoyen lambda.
On vous accuse ici d’avoir pratiqué un lobbying payant pour empêcher Andry Rajoelina de s’exprimer à la tribune de l’ONU.

•Je considère cela comme une insulte pour les pays qui ont voté pour la motion et je voudrais m’en excuser auprès d’eux au nom du peuple malgache pour ces paroles irresponsables.
On n’a pas besoin de payer, et même pas de faire du lobbying, pour faire voter une telle motion à un grand pays comme l’Inde qui est toujours présenté comme la plus grande démocratie du monde, ou au Canada où les notions de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption ne sont pas des simples slogans ; et les pays de l’Amérique latine savent trop les effets néfastes d’un coup d’Etat. Ils n’ont fait rien de plus que de démontrer leur attachement aux valeurs universelles de respect des droits des citoyens, valeurs que nous avions nous-mêmes défendu dans notre déclaration de Maputo et auxquelles nous tenons encore et toujours.
Quant aux pays de la SADC, ils n’ont fait qu’assumer leur rôle de leader en vertu du principe de subsidiarité qui est la règle dans les relations internationales modernes.
Même le président de l’assemblée générale son excellence Ali Trekki a déclaré "avoir été personnellement contre cette prise de parole en tant qu’africain et par respect des principes de l’Union Africaine". Il faut bien maîtriser les mécanismes des relations internationales avant d’aller dans ce genre de réunion au lieu de raconter n’importe quoi.
Votre réaction à la proposition de Andry Rajoelina d’organiser au plus vite des élections pour sortir de la crise ?

•Au mois de mars j’ai proposé d’organiser un référendum pour régler la crise, qu’est ce qu’ils ont répondu sur la place du treize mai ?? Soyons sérieux ! Nous avons maintenant les accords de Maputo, réalisons les ! et j’interpelle Andry Rajoelina pour lui rappeler que c’est lui qui a proposé la charte des valeurs à Maputo. Ni lui ni personne n’a le droit de changer unilatéralement selon son bon vouloir ou ses caprices les termes et l’esprit des accords de Maputo.
Et sur ses dernières déclarations ?

•C’est affligeant ! Encore une fois il est le facteur de blocage. Je déplore ses contradictions en l’espace de moins de dix minutes.
Primo, il dit vouloir exécuter les accords de Maputo pour les avoir signés. Mais tout de suite après il dit vouloir les exécuter sous certaines conditions qu’il a précisées. Je signale qu’il n’avait pas posé ces conditions au moment de la signature. De plus on ne fait pas ce genre d’exigence et de cette manière avec la communauté internationale alors que l’on est demandeur. Le GIC et le GCM (groupe conjoint de médiation) sont des facilitateurs du dialogue mais ils n’imposent rien.
Deuxièmement, il déclare prêt à nommer le Premier ministre de consensus proposé par toutes les mouvances. Donc il se considère déjà Président de la transition, ce qui ne lui est pas encore acquis parce que nulle part dans les accords de Maputo et même dans les discussions informelles des Chefs de file, cela n’a jamais été décidé. C’est sa propre contradiction interne. Il a été déjà rappelé à l’ordre sur cette idée à Maputo.
Je vous remercie et vous demande de vous référer à mon message pour le reste
Merci et que Dieu nous bénisse !

Ndlr : Interrogé quant à ses projets d’investissements en Afrique du Sud relatifs à une chocolaterie et ayant fait la Une du journal La Gazette de la Grande Ile, l’ancien président de la République, Marc Ravalomanana a dissocié les affaires économiques des questions politiques brûlantes ; il en parlera au moment opportun car pour l’heure, il s’agit de la vie de toute une nation, dit-il.

Propos recueillis par Raw